Galerie Textile à décor quadrillé et velours de raphia

Textile à décor quadrillé et velours de raphia

Cette longue composition textile se distingue par une organisation particulièrement rigoureuse de l’espace décoratif, construite autour de l’alternance de deux registres visuels complémentaires : d’une part des panneaux quadrillés évoquant un damier régulier, d’autre part des compositions diagonales formées de croisillons et de doubles losanges réalisés en relief.

La structure générale repose sur une succession verticale de panneaux rectangulaires disposés en alternance. Les modules quadrillés sont constitués de bandes claires et sombres qui créent un rythme visuel proche des motifs de tissage répertoriés dans les corpus décoratifs kuba sous les appellations de Mashooml, Makwoongl matey ou certaines variantes de Nshiin intshak, où la répétition ordonnée des lignes produit un effet de trame architecturée rappelant le principe même du tissage.

Entre ces panneaux apparaissent des compositions plus libres organisées autour de motifs de losanges allongés et de croisillons diagonaux qui évoquent certains développements des familles graphiques Imbol, Ibwoobwo ou encore certaines variantes de Nnaam, fréquemment fondées sur les jeux d’entrecroisements, de croisements et de symétries dynamiques.

L’un des aspects les plus remarquables de cette pièce réside toutefois dans son traitement du relief. Les croisillons ne sont pas simplement dessinés ou brodés : ils sont soulignés par une succession de petites boules réalisées en velours de raphia façonné, appliquées avec une remarquable régularité sur les lignes diagonales. Ces éléments textiles captent la lumière différemment du fond du tissu et introduisent une dimension presque sculpturale dans la composition.

Le même procédé se retrouve le long des bordures latérales où une série continue de petites boules de velours de raphia accompagne toute la hauteur du textile. Cette frange discrète ne constitue pas un simple élément de finition ; elle agit comme un cadre souple qui délimite la composition tout en renforçant sa présence visuelle et tactile.

La pièce joue ainsi constamment sur le dialogue entre surface et volume. Les grands aplats géométriques des damiers répondent aux rythmes plus complexes des croisillons tandis que les reliefs ponctuels du velours de raphia viennent animer l’ensemble d’une vibration subtile. Selon l’angle de la lumière, certains éléments semblent s’effacer tandis que d’autres apparaissent avec davantage d’intensité, donnant au textile une présence changeante et vivante.

Contrairement aux compositions labyrinthiques continues rencontrées sur d’autres étoffes kuba, ce textile privilégie une organisation modulaire faite de séquences répétées et de variations contrôlées. Chaque panneau fonctionne comme une unité autonome tout en participant à un équilibre général fondé sur l’alternance des formes, des textures et des contrastes chromatiques.

L’association du tissage de raphia, des appliqués géométriques et du travail en relief du velours de raphia témoigne d’une maîtrise technique particulièrement élaborée. Ici, le décor ne repose pas uniquement sur le dessin mais également sur la matière elle-même, sur ses épaisseurs, ses aspérités et sa capacité à retenir ou à réfléchir la lumière.

Par la richesse de ses textures et par la sophistication de son vocabulaire géométrique, cette œuvre illustre une conception du textile où la surface devient un véritable espace de composition, à la frontière entre l’objet utilitaire, le décor et la sculpture textile.

 

Détails et vues du textile

×